Le groupe local ICPC 44, basé à Nantes est un des groupes ICPC les plus anciens et les plus dynamiques. Les agent.es et consultant.es aiment à organiser leurs rencontres en des temps conviviaux, un format apéro léger, mais des échanges toujours très fructueux. Revivez l’apéro D-concertant du 9 avril dernier avec nous.
L’accueil à l’agence Scopic
Le groupe local ICPC de la Loire Atlantique s’est retrouvé 9 avril 2026 dans les locaux de l’agence Scopic à Nantes. Une quinzaine de personnes, dont des membres actifs du groupes, mais aussi des professionnell.es de la participation citoyenne et des consultant.es se sont réunies en début de soirée pour tester le jeu sérieux Twist, créé par Scopic, portant sur la capacité des organisations à aborder les crises, à développer une culture du risque et à faire preuve de robustesse. Deux sessions simultanées d’une heure en petits groupes autour du jeu ont permis de lancer sujet du jour : les crises. Puis retour devant l’agence pour débriefer ensemble nos apprentissages et nos ressentis.
Focus sur la démarche de la Ville de Nantes
Par la suite, autour d’un apéro, trois intervenants ont partagé leur démarche sur l’inclusion des citoyens en temps de crise: Morgane Ollier, consultante à Scopic, Chloé Guillemot, chargée de mission Grands débats et transitions et Yann Louault, chargé de projets culture du risque à Nantes Métropole. Tous ont travaillé sur la démarche “Faire face aux crises ensemble”, qui s’est déroulée entre novembre 2024 et juin 2025 à Nantes.
L’objectif de cette démarche était de travailler avec les citoyens et citoyennes sur leur place et rôle face aux crises (sentiment d’exposition, leurs manières de se préparer aux futures crises du territoire…). Un travail d’écoute et de recrutement a été réalisé auprès des publics particulièrement vulnérables dans ce type de situation comme les personnes âgées, en situation de grande précarité, les enfants ou les étudiants afin de multiplier les regards sur ces questions là. Puis, un panel de 19 citoyen.nes (dix femmes, neuf hommes, de sept quartiers nantais différents) a été mis en place. Le groupe de citoyens a été mandaté par les élus sur ces questions : Quelle direction donner à la culture du risque locale ? En tant que citoyen.ne, comment pourrait on à l’avenir être mieux associé à la gestion, autant en amont de la crise que pendant et après ? Quelles conditions de réussite et quels moyens alloués ?
Quatre temps forts de rencontre du panel ont eu lieu sur la période. Un premier temps de récolte les perceptions individuelles sur la culture du risque, et présenter la démarche. Un second d’apport de connaissances, où le panel a bénéficié de l’intervention de la protection civile, du Cerema, des équipes de la gestion des risques de la Ville de Nantes, ainsi que de Benoit Giry, sociologue spécialiste des catastrophes, afin de reposer les bases égales pour tout le monde sur ces sujets techniques, sur les échelles de temps de la crise (en amont, pendant et après) et sur les enjeux. Lors de la troisième rencontre, des étudiants en master de sociologie ont restitué au panel les résultats d’une enquête menée auprès des petits commerçants à Nantes sur la culture du risque à leur échelle. Ensuite, dans une mise en situation de canicule, le panel a repéré des dynamiques de coopération qui permettent de traverser la crise. Enfin, le dernier temps a consisté à une découverte des œuvres du musée d’art de Nantes au prisme sur les crises et catastrophes. Elle s’est conclue par la finalisation de l’avis citoyen.
Grâce à cette montée en compétences via une diversité des médiums (art ou jeu pour rendre la question plus accessible), les citoyens ont émis un avis citoyen très riche, avec des conditions de mise en œuvre de la culture du risque, et la création d’une boussole de la culture du risque autour de l’équité dans l’information. Il prend en compte l’humain au coeur des prises de décision, le récit fait sur les crises, l’hyper-proximité comme échelle de diffusion et l’accessibilité de l’information. Après l’émission de l’avis citoyen s’en est suivi la phase d’instruction, où les services et le politique se sont saisi de ces avis, les agent.es les ont mis au regard du travail qui a déjà été fait à cette échelle, en identifiant les leviers, les limites, et les possibilités de mise en place. L’idée était de rester très proche des demandes de l’avis des citoyens tout en étant compréhensible dans la sphère technique pour les services.
La réponse, présentée par les élus, s’articule autour de 4 enjeux :
- L’information et la communication : informer efficacement sur la culture du risque.
- Le cadre de mobilisation : comment faciliter la mobilisation des bénévoles pour diffuser la culture du risque et organiser leur participation en cas de crise. La question de la gouvernance en cas de crise inédite a été abordée.
- La coopération entre acteurs : travail avec des acteurs spécialisés (gestionnaires de plans de crises), mais aussi des associations d’éducation populaire, des bailleurs, et des entreprises par exemple ; c’est tout un écosystème que l’on peut créer autour de ces sujets pour diffuser largement.
- La solidarité et les communs pour traverser une crise : hyper proximité, lieux refuges, aménagement d’espaces communs qui favorisent le lien social, une conscience que les premiers relais en cas de crise sont les voisins.
La démarche a déjà des premiers atterrissages concrets. Elle a permis d’orienter le travail sur le Document d’Information Communal sur les Risques Majeurs (DICRIM) avec un graphisme accessible, publié dans les 24 communes dans la Métropole nantaise. En plus d’aborder les risques obligatoires – les risques naturels et écologiques – le document a l’ambition d’aborder d’autres risques tels que la cyberattaque, la désinformation, une rupture d’approvisionnement en eau ou nourriture.

La culture du risque au coeur du nouveau DICRIM de Nantes Métropole
Ce qui est sorti de cette démarche, c’est la nécessité de solidarité à l’échelle locale. L’avis citoyen aborde aussi la question de la santé publique, celle de la manière de parler des crises aux enfants, ainsi qu’une page sur comment créer un réseau pour être plus résilient (participer à des associations, voisins). Des numéros d’urgence pour les violences faites aux femmes et aux enfants sont aussi intégrés car les situations de confinement peuvent créer des tensions. L’avis des citoyens est venu confirmer l’importance de parler de ces risques. Certains sont même allés plus loin en disant qu’il fallait repositionner la question des risques naturels liés à l’activité humaine, et créer un véritable changement de regard autour de ces questions-là. La démarche a montré que le manque d’information rend le sujet, qui est anxiogène par nature, encore plus.
La place des élus est aussi majeure dans l’information, et les élus nantais osent assumer l’importance de la culture du risque et la nécessite d’en parler collectivement, là où ils étaient précédemment frileux à l’idée de faire peur aux citoyens. Cela dit beaucoup de la prise de conscience, la préparation collective, et l’envie de traiter ce sujet : dans les prochaines années, il va falloir accompagner l’information des citoyens sur ces sujets sensibles qui font parfois écho à des situations difficiles.
Une soirée d’échanges de pratiques : sortir de l’Institution pour en présenter ses actions concrètes
Il était ensuite temps de remercier nos trois intervenants pour leur partage de pratiques, tout en continuant à poser des questions et à échanger entre participants/intervenants en cette belle soirée de printemps !

