Pierre Mahey

Itinéraire

J’ai commencé mon parcours en 1980, en tant qu’architecte concepteur passionné par les espaces publics, co-fondateur d'un collectif. Nous sommes partis de l’idée que l’on peut concevoir la ville avec les gens qui l’habitent. C’est ainsi que nous nous sommes intéressés aux questions de participation citoyenne, comme outil du projet urbain. Nous avons la conviction que la participation citoyenne est nécessaire pour donner la parole à ceux qui n’en n’ont pas. Notre trajet se poursuit ainsi au milieu des SDF et des sans-voix. L’histoire de la participation citoyenne nous a fait dévier de notre cible de départ, le projet urbain.
Je suis un militant du débat public, notamment impliqué dans le processus "Parlons-en" à Grenoble qui rassemble techniciens, élus, associations et "habitants" de la rue (lieugrenoble.wordpress.com). A présent conduite par l’association Parlons en, cette dynamique était portée, jusqu’en 2015, par le collectif arpenteurs, composé de concertants, architectes, urbanistes, sociologues,artistes, etc. (arpenteurs.fr) Conçu sur l’exemple de Charleroi, le dispositif permet, depuis 10 ans, de mettre à jour les dysfonctionnements et d’énoncer collectivement des solutions (bricolage, garderie pour chiens, Maison conventionnée avec la Mairie, collectif "Mort de Rue", etc). Un travail continu et conséquent de mobilisation des acteurs est nécessaire.
Notre réflexion sur les conditions de la participation, au sein d’arpenteurs, nous a conduits à créer un réseau de mise en coopération des initiatives citoyennes et de mise en lien de collectifs d’habitants à l’échelle européenne : Capacitation citoyenne (capacitation-citoyenne.org). Pendant près de 20 ans, j’ai animé et "agité" ce réseau pour permettre à des groupes d’habitants de se rencontrer et se mettre en action. La réunion de citoyens impliqués dans des processus de participation notamment à Grande-Synthe, Echirolles ou encore Marseille,répondait au besoin de croiser les expériences, d'échanger et de se confronter. Le 1er rassemblement à Dunkerque en 2000 a permis aux habitants de se rendre compte de l’importance de se rencontrer.Une cinquantaine d'évènements ont ainsi eu lieu pendant ces années, notamment en 2016 sur les Lîeux disponibles, des lieux sans fonction propre pouvant accueillir des dynamiques d’action citoyenne. Par ailleurs, au sein de ce réseau, nous avons travaillé à l'écriture collective et à la publication d’une centaine de livrets ou encore de vidéos pour partager et essaimer diverses expériences.
Ce qui a guidé notre action est la conviction selon laquelle la participation citoyenne ne doit pas se contenter d'aborder les questions de proximité. En se renforçant soi-même, l’on cherche à se défendre contre son voisin,tandis que grâce à la rencontre avec l’autre -étrange, lointain, inconnu-, l’on aboutit à parler de citoyenneté et de politique.

Message

Dans le livre "Pour une culture de la participation" édité en 2005 par l’ADELS, j’ai cherché à partager mon expérience de praticien en répondant à quelques questions qui me semblent être les principes de nécessité de la participation. (Pourquoi ? Pour qui ? Comment ? Comment mobiliser ? Sur quels thèmes, quels temps quel territoire ? Quels moyens, quelle animation ?)
La participation citoyenne n’est nécessaire et n’a de sens, que lorsque les plus exclus de notre société sont pris en compte. C’est une bonne solution pour changer le contrat social à condition de mettre autour de la table toutes les personnes concernées. Les publics vulnérables sont capables de parler politique si l’on leur en donne les moyens.
Plus globalement, il me semble important de se réinterroger sur les raisons pour lesquelles on veut plus de participation citoyenne et le sens qu’on cherche à lui donner. Est-ce pour améliorer la capacité de décider ensemble ou pour faire société ? Pour moi, l’objectif de la participation est de réussir à faire société, en rompant la tendance à l’entre soi.
On a inventé la ville pour échanger, mais l’évolution vers la privatisation des espaces publics et la conception de projets favorisant l’entre-soi n’est pas rassurante pour la société en général. La participation devrait favoriser la réconciliation et la capacité à faire ensemble.