Emmanuelle Albert

Itinéraire

J’ai une formation initiale pluridisciplinaire qui croise les sciences de l’environnement et les sciences sociales. J’ai d’abord travaillé successivement dans deux associations en tant qu’animatrice de réseaux liés au développement durable, au moment où se développaient les approches territoriales plutôt que sectorielles. J’accompagnais, entre autre,des collectivités engagées dans des démarches Agenda 21. Co-construire, faire du lien, faire dialoguer différents acteurs et échanger des bonnes pratiques : ces notions déjà présentes dans mon quotidien m’ont mise sur le chemin de la participation citoyenne.

Ces expériences m’ont donné envie de m’investir au service d’un territoire, « sur le terrain ». J’ai donc ensuite travaillé dans les collectivités territoriales, tout d’abord pour la Ville de Couëron au service « développement durable et démocratie locale » créé après les élections de 2008 et positionné auprès de la direction générale afin d’agir en transversalité avec tous les services. Si j’avais des compétences dans le premier domaine, la participation citoyenne a été une découverte pour moi. J’ai fait beaucoup de ponts entre ces deux champs.C’était passionnant de monter ce service, en partant de l’existant (conseils des sages, des jeunes, de quartier).Petit à petit, la politique publique « démocratie locale » s’est consolidée évoluant vers le recours à plus de dispositifs ponctuels et thématiques qui ont réinsufflé une dynamique, tout en conservant les instances pérennes.Cette évolution s’est effectuée en parallèle de la construction d’une véritable culture commune et d’un écosystème local autour de la participation à l’échelle métropolitaine. Nantes Métropole anime en effet un réseau autour du dialogue citoyen et a assis une méthode de concertation robuste et reconnue.

Je suis devenue une praticienne de la participation pendant cette expérience de 9 ans. Même s’il y a des bases qui tendent à devenir l’un des incontournables de la culture d’un cadre territorial, ce métier ne s’improvise pas. Je contribue à mon humble niveau à sa professionnalisation et à sa reconnaissance en participant activement avec cinq collègues à l’animation du groupe local de l’ICPC en Loire Atlantique. Le fonctionnement en réseau est pour moi très important, très enrichissant.

Afin de me diversifier et d’évoluer dans ma pratique, j’ai fait la démarche de me porter volontaire pour être inscrite sur la liste des garants de la concertation de la CNDP. C’est l’occasion pour moi de continuer à me former et d’expérimenter une posture différente.

Je travaille aujourd’hui comme « chargée des dynamiques locales et intercommunales »à la Ville de Vertou.Le cœur de ma mission est de faire du lien entre différents acteurs locaux et le niveau métropolitain pour susciter des interactions. Je suis, par ailleurs, la personne ressource dans la collectivité en termes de développement durable et participation citoyenne.

Message

La recette est différente à chaque fois. J’ai pris goût à adapter chaque dispositif participatif en fonction du territoire, de l’actualité, du niveau de participation opportun, des publics, de l’étape du projet débattu, de la « marge de manœuvre », de l’échelle d’intervention...

Il me semble essentiel de toujours bien expliciter le sens de la démarche, les « règles du jeu » et de veiller à ce que toutes les parties prenantes se les approprient et les respectent. Pourquoi un dispositif participatif ? Pourquoi telle ou telle modalité ? Quel périmètre ? Quel calendrier ? Quel retour ? Cela parait évident mais nécessite une attention sans faille.
Le sens de la démarche doit être clair tout au long du processus.C’est une des conditions pour éviter les incompréhensions, échanger en confiance et passer d’un point de vue individuel à un point de vue collectif.
La lisibilité du « rendre compte » me parait aussi incontournable. S’engager à expliciter et argumenter les décisions, qui restent prises par les élus,permet d’assurer une traçabilité et fait souvent gagner en efficacité et crédibilité.

Pour moi, le rôle des praticiens de la concertation est de garantir la qualité et la clarté des informations transmises aussi bien sur le fond du sujet débattu que sur la forme du dispositif choisi, de s’assurer de la compréhension, de l’argumentation, d’une expression équitable… Ceci en co-responsabilité avec toutes les parties prenantes, les participants ont en effet aussi le droit, voire le devoir, d’être exigeants.

Parfois, je peux me sentir comme une équilibriste, à l’écoute, au service d’un processus en mouvement, entre un temps suspendu et une urgence à agir, ayant besoin aussi bien de souplesse et d’observation que de rigueur et de neutralité. Cela nécessite une adaptation continue, c’est vivant !